Lettre ouverte aux candidats à l’élection présidentielle.

Mesdames, Messieurs les candidats (déclarés ou non),

Je n’aurai pas l’outrecuidance de vous rappeler que la France va mal et que, contrairement à ce que certains laissent accroire pour des raisons bassement électoralistes, la préoccupation prioritaire des Français est l’emploi. Vous le savez comme vous savez que ce ne sont pas deux millions sept cent mille personnes inscrites à Pôle Emploi mais bien près de cinq millions lorsque l’on fait le cumul des différentes catégories et que l’on intègre les chiffres des départements d’Outre-Mer. Et pourquoi ne le ferait-on pas ? Les chômeurs d’Outre-Mer ne seraient-ils pas des Français à part entière dès lors qu’ils sont sans emploi ? Tout comme les seniors et les handicapés, les travailleurs d’origine étrangère, les gays, les femmes divorcées…

Nous, électeurs et citoyens, ne sommes pas dupes et, mis à part quelques candides aveuglés par les « bonnes paroles » distillées par certains soi-disant gurus idéologues plus motivés par le nombre de voix récolté que par le  réel intérêt de la France, savons fort bien que vous ne pourrez régler le problème d’un coup de baguette magique au lendemain, ni même au surlendemain, de votre élection.

Dont acte.

Cependant et malgré cette difficulté indéniable, ne serait-il pas judicieux de votre part de commencer par adopter un discours honnête vis-à-vis de vos concitoyens ? D’enfin admettre clairement que le plein emploi est désormais impossible dans notre pays à moins d’opérer un changement radical de notre société ? De cesser de faire semblant de croire qu’une suite de mesures ponctuelles, difficiles voire impossibles à financer de surcroît, peut suffire à résoudre le problème dans l’attente d’une hypothétique fin de crise ? Nous savons tous que cette crise n’est que le prélude à une autre beaucoup plus profonde : la chute du capitalisme tel que nous le connaissons. Le système est tellement perverti qu’il s’autodétruit, entraînant les états et les peuples dans sa chute. Il est donc urgent de revenir aux fondamentaux, vous êtes beaucoup mieux placés que nous pour le savoir.

Malheureusement, vous consacrez le plus clair de votre temps et la plus grande part de votre énergie en palabres stériles, en luttes intestines, en représentation électoraliste, en création de commissions plus ou moins inutiles. Vous vous écoutez parler, vous vous regardez  évoluer sans jamais avouer votre totale impuissance à faire changer le cours des événements. Pire, vous travestissez souvent la vérité pour mieux faire assimiler vos discours saturés de promesses aussi démagogiques qu’impossibles à tenir. Les promesses n’engagent que ceux qui les croient pensez-vous. Savez-vous que presque tous les Français ont intégré cette maxime depuis bien longtemps et ne vous élisent plus sur votre programme mais sur votre simple cote de popularité ? Oui, bien sûr que vous le savez et c’est bien pour cela que vous vous gardez bien de dire la vérité puisque vos adversaires ne le font pas non plus. La vérité sonnerait sans doute le glas de votre réputation et donc de votre élection.

Est-ce si sûr ?

Nous constatons avec lassitude, quasi-quotidiennement, les manquements, les errements et les mensonges, fussent-ils pétris de bonnes intentions, des politiciens. Rassurez-vous, vous n’êtes pas les seuls coupables et nous ne l’ignorons pas. Nous ne sommes pas naïfs je vous le répète. Mais vous, Madame, Monsieur, avez l’ambition de vous présenter devant le suffrage universel. De ce fait, vous vous devez de nous respecter et non de nous bercer de discours illusoires dans le simple but de vous faire élire. Dites la vérité aux Français qui vous en sauront gré et cela incitera certainement beaucoup d’entre eux à retrouver le chemin des urnes. La confiance se mérite. Elle a son prix.

Je vous invite donc à ne pas contredire vos adversaires sous le prétexte spécieux qu’ils ne sont pas de votre chapelle alors que pensez  très exactement la même chose qu’elle ou lui. Ensuite, je vous convie à ne pas nous servir de discours infantilisants ou à brandir le spectre de tel ou tel argument fallacieux pour mieux cacher votre incapacité à résoudre les problèmes de fond. Il y a bien longtemps que, pour l’immense majorité d’entre nous, nous avons passé l’âge de croire au croquemitaine. La politique est peut-être pour vous un jeu d’échecs ou une partie de poker mais nous, je vous assure que nous n’avons plus envie de jouer car notre survie en dépend et, de ce fait, notre réaction peut être brutale. Prenez garde à ce qu’elle ne devienne  pas tragique.

Et puisque vous avez décidé de dire la vérité, toute la vérité et rien que la vérité, la question est la suivante : quelles sont vos pistes de réflexions, honnêtes et objectives, pour tenter de résoudre ce problème apparemment insoluble qu’est celui de l’emploi aujourd’hui, demain et après-demain car cette question ne souffre plus de retard et demande des solutions à long terme. Sans démagogie et sans langue de bois. Nous n’avons que faire de grandes théories  ou d’une mesurette de plus pour les six premiers mois de votre quinquennat. Notre attente est grande : ne nous décevez pas. Nous sommes avides de connaître votre réponse.

Respectueusement.

Philippe W. Guillaume

www.emploiavenir.fr
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